{"id":238,"date":"2020-10-27T11:53:43","date_gmt":"2020-10-27T10:53:43","guid":{"rendered":"http:\/\/labodubienvivre.crois-sens.org\/?p=238"},"modified":"2022-05-16T10:34:06","modified_gmt":"2022-05-16T08:34:06","slug":"de-la-participation-vers-la-co-decision-construire-un-projet-de-territoire-en-prenant-soin-de-ses-habitants","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/labodubienvivre.crois-sens.org\/index.php\/2020\/10\/27\/de-la-participation-vers-la-co-decision-construire-un-projet-de-territoire-en-prenant-soin-de-ses-habitants\/","title":{"rendered":"De la participation vers la co-construction: construire un projet de territoire en \u00ab prenant soin \u00bb de ses habitants"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>La V<sup>\u00e8me<\/sup> R\u00e9publique a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue historiquement pour que la d\u00e9cision politique soit r\u00e9serv\u00e9e aux \u00e9lus, qui \u00ab&nbsp;consultent&nbsp;\u00bb lors de la d\u00e9lib\u00e9ration pr\u00e9alable des \u00ab&nbsp;experts&nbsp;\u00bb et techniciens qui les assistent. C\u2019est l\u00e0 tout le paradoxe de la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative&nbsp;: une fois leurs repr\u00e9sentants \u00e9lus au terme de la campagne, les citoyens leur font confiance jusqu\u2019aux prochaines \u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales. Historiquement, la mise \u00e0 l\u2019agenda de probl\u00e8mes et le fait de consid\u00e9rer qu\u2019ils devaient \u00eatre trait\u00e9s en public -collectivement- sont issus de processus longs et encore inaboutis puisque nous observons encore aujourd\u2019hui les sympt\u00f4mes d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle une (grande) partie des citoyens ne se sent ni repr\u00e9sent\u00e9e, ni m\u00eame \u00e9cout\u00e9e. Avec \u00ab&nbsp;Nuit Debout&nbsp;\u00bb en 2016, les citoyens avaient alert\u00e9 leurs \u00e9lus sur la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9battre de la m\u00e9thode et du fond des r\u00e9formes avec eux. Les mouvements des Gilets Jaunes en 2018-2020 ou contre la r\u00e9forme des retraites en 2019 ont montr\u00e9 comment le \u00ab&nbsp;projet&nbsp;\u00bb propos\u00e9 n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 pens\u00e9 avec les concern\u00e9s et ne r\u00e9pondait donc pas \u00e0 leurs attentes. Les tentatives de rattrapage qui ont suivi -le Grand D\u00e9bat puis la convention Citoyenne pour le Climat- n\u2019ont pas tellement r\u00e9ussi \u00e0 convaincre que les repr\u00e9sentants du pouvoir \u00e9taient pr\u00eats \u00e0 faire \u00e9voluer leurs habitudes de gouvernement. Le probl\u00e8me \u00e9tant que si la d\u00e9cision est prise sans les concern\u00e9s mais en leur nom et pour leur bien, la r\u00e9alit\u00e9 montre que cela ne se traduit pas dans les faits. Plusieurs observations et exp\u00e9rimentations montrent que pour embarquer l\u2019ensemble des citoyens de tous les territoires dans des projets ambitieux et durables, il faut les construire ensemble par un processus exigeant qui valorise les comp\u00e9tences de chacun tout en prenant soin des plus \u00ab&nbsp;vuln\u00e9rables&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2>1. Un mouvement pour l\u2019ouverture de la d\u00e9cision publique aux citoyens\u2026.<\/h2>\n\n\n\n<p>Par leurs actions et notamment leur sp\u00e9cialisation, les mouvements sociaux fran\u00e7ais des ann\u00e9es 1970-1980 ont commenc\u00e9 \u00e0 r\u00e9clamer l\u2019ouverture de la d\u00e9cision publique, qu\u2019ils estimaient monopolis\u00e9e par les responsables politiques, \u00e0 l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9 civile. Des auteurs comme Michel Callon et Bruno Latour ont montr\u00e9 comment une tendance \u00e0 techniciser la d\u00e9cision, en opposant de plus en plus profanes et experts, contribuait \u00e0 \u00e9carter les citoyens des d\u00e9cisions qui les concernaient, surtout vis-\u00e0-vis de certains acteurs qui n\u2019\u00e9taient pas consid\u00e9r\u00e9s comme l\u00e9gitimes \u00e0 en faire partie (Callon <em>et al.<\/em>&nbsp;2013). La sociologie des sciences et techniques s\u2019est particuli\u00e8rement focalis\u00e9e sur la mani\u00e8re dont les acteurs collectifs sont devenus sp\u00e9cialistes de certains sujets techniques pour parvenir \u00e0 mettre \u00e0 l\u2019agenda public les sujets de controverses qui les int\u00e9ressaient. En effet, de nombreux sujets ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9battus essentiellement par des \u00ab&nbsp;experts&nbsp;\u00bb avant que les citoyens s\u2019invitent dans le d\u00e9bat, par des moyens parfois violents. Ainsi les riverains de sites d\u2019enfouissements de d\u00e9chets nucl\u00e9aires ou des malades atteints par le virus du Sida sont parvenus \u00e0 s\u2019imposer dans le d\u00e9bat pour r\u00e9clamer le droits des \u00ab&nbsp;profanes&nbsp;\u00bb \u00e0 s\u2019exprimer&nbsp;sur des sujets sur lesquels ils s\u2019\u00e9taient form\u00e9s et revendiquaient une forme d\u2019\u00ab&nbsp;expertise d\u2019usage&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les ann\u00e9es 1990, avec l\u2019arriv\u00e9e de nouvelles causes et de nouveaux acteurs sur la sc\u00e8ne politique en France, mais \u00e9galement en Am\u00e9rique du Nord et un peu plus tard en Am\u00e9rique latine (en proie \u00e0 d\u2019autres difficult\u00e9s politiques \u00e0 ce moment-l\u00e0), une partie des mouvements sociaux s\u2019est tourn\u00e9e vers la contestation des politiques publiques urbaines. Avec la mont\u00e9e de l\u2019enjeu environnemental, m\u00eame s\u2019il est rest\u00e9 \u00ab&nbsp;fragile&nbsp;\u00bb, l\u2019\u00e9cologie est devenue l\u2019une des causes majeures des mobilisations collectives (Boy,&nbsp;2009, p. 49). L\u2019impact des grands projets d\u2019infrastructure (sites d\u2019enfouissement, autoroutes, lignes de TGV, a\u00e9roports\u2026) a \u00e9t\u00e9 de plus en plus contest\u00e9 par les collectifs \u00e9cologistes qui r\u00e9clamaient un d\u00e9bat plus d\u00e9mocratique et ouvert sur ces questions. La centralisation des d\u00e9cisions au niveau national a \u00e9t\u00e9 per\u00e7ue comme un moyen d\u2019exclure les citoyens, ph\u00e9nom\u00e8ne massivement remis en cause et largement \u00e9tudi\u00e9 (Fourniau&nbsp;2001&nbsp;; Godard&nbsp;1990&nbsp;; Lascoumes&nbsp;1994&nbsp;; Lolive&nbsp;1997). Les mouvements contre les projets de r\u00e9am\u00e9nagement de quartier d\u00e9cid\u00e9s sans leurs habitants se sont multipli\u00e9s&nbsp;: mobilisations dans le quartier de l\u2019Alma \u00e0 Roubaix, apparitions des premi\u00e8res ZAD, amicales de locataires contre les destructions de tours de grands ensembles, \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 ces mouvements,&nbsp;les pouvoirs publics ont \u00e9t\u00e9 contraints <strong>d\u2019ouvrir leur processus de d\u00e9cision <\/strong>avec diff\u00e9rents dispositifs, ce qui a favoris\u00e9 dans un premier temps l\u2019ouverture du d\u00e9bat. La concentration des mouvements sociaux en faveur d\u2019une ouverture du processus de d\u00e9lib\u00e9ration et de d\u00e9cision politique a donc entra\u00een\u00e9 son \u00e9volution \u00e0 partir des ann\u00e9es 2000 plus particuli\u00e8rement. En France, les conflits d\u2019am\u00e9nagement ont favoris\u00e9 l\u2019institutionnalisation du d\u00e9bat public, ce qui a eu comme cons\u00e9quence essentielle l\u2019ouverture du d\u00e9bat sous diff\u00e9rentes formes de mises en \u0153uvre (Bacqu\u00e9 et Gauthier&nbsp;2011, Fourniau&nbsp;2013). Est apparue ce qu\u2019on a appel\u00e9 la \u00ab&nbsp;participation (citoyenne)&nbsp;\u00bb qui d\u00e9signe <strong>le processus par lequel les citoyens ont \u00e9t\u00e9 progressivement int\u00e9gr\u00e9s aux processus de d\u00e9cision <\/strong>et qui met en \u0153uvre la d\u00e9lib\u00e9ration entre citoyens et responsables politiques (Bacqu\u00e9 et Gauthier&nbsp;2011). La l\u00e9gislation a \u00e9largi r\u00e9guli\u00e8rement les droits des citoyens \u00e0 \u00eatre inform\u00e9s et consult\u00e9s sur les d\u00e9cisions qui les concernent, en mati\u00e8re d\u2019urbanisme notamment. Cela a conduit \u00e0 la cr\u00e9ation de la Commission Nationale du D\u00e9bat Public et \u00e0 l\u2019instauration d\u2019un dispositif phare&nbsp;: la r\u00e9union publique. Dans le reste du monde, d\u2019autres m\u00e9canismes participatifs ont \u00e9t\u00e9 mis en \u0153uvre dans le but d\u2019inclure les citoyens au processus de d\u00e9cision&nbsp;: les tables de concertation \u00e0 Montr\u00e9al (Combe,&nbsp;2010), les budgets participatifs \u00e0 Porto Alegre, les conseils participatifs locaux au Venezuela\u2026 Dans nombre de ces pays, la g\u00e9n\u00e9ralisation de la mise en \u0153uvre de pratiques participatives au niveau local est devenue une norme l\u00e9gale, parfois inscrite dans les Constitutions (Garibay,&nbsp;2015).<\/p>\n\n\n\n<h2>2. \u2026 qui montre les limites de la participation institutionnelle \u00e0 repr\u00e9senter les \u00ab&nbsp;invisibles&nbsp;\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<p>La participation a donc renouvel\u00e9 l\u2019exercice d\u00e9mocratique et\nla d\u00e9lib\u00e9ration qui se d\u00e9roule dans la <a href=\"http:\/\/labodubienvivre.crois-sens.org\/index.php\/2020\/07\/28\/le-debat-public\/\">sph\u00e8re\npublique<\/a> s\u2019est trouv\u00e9e en partie transform\u00e9e. <a>Mais\nune distance de plus en plus grande a \u00e9t\u00e9 remarqu\u00e9e entre l\u2019id\u00e9al d\u00e9lib\u00e9ratif\net la r\u00e9alit\u00e9 des dispositifs participatifs observ\u00e9s en France et ailleurs dans\nle monde. Si la participation est devenue une injonction r\u00e9glementaire dans les\nd\u00e9mocraties modernes, des chercheurs ont montr\u00e9 qu\u2019elle n\u2019est <strong>pas forc\u00e9ment\nla garantie d\u2019une avanc\u00e9e d\u00e9mocratique concr\u00e8te<\/strong>. Il semble en effet exister\nun \u00ab&nbsp;cens cach\u00e9&nbsp;\u00bb dans les processus participatifs qui correspond au\nph\u00e9nom\u00e8ne par lequel un nombre limit\u00e9 de personnes dipl\u00f4m\u00e9es et ais\u00e9es\nparticipe directement aux activit\u00e9s politiques (Gaxie, 1993). En France, une\nsous-repr\u00e9sentation des personnes appartenant aux groupes domin\u00e9s (pr\u00e9caires,\njeunes, populations d\u2019origine immigr\u00e9e, femmes\u2026) a \u00e9t\u00e9 constat\u00e9e dans les exp\u00e9riences\nparticipatives. De nombreux travaux ont mis en avant des facteurs structurels\nfavorisant l\u2019in\u00e9galit\u00e9 d\u2019acc\u00e8s aux instances participatives&nbsp;: des facteurs\nsociaux (Bacqu\u00e9 et Sintomer, 2011), territoriaux (Jobert, 1998&nbsp;; <\/a>Lolive,&nbsp;1997&nbsp;; Trom, 1999) et politiques (Fourniau,&nbsp;2001, 2007). Des th\u00e8ses r\u00e9centes ont montr\u00e9 que ces\nm\u00e9canismes participatifs \u00e9chouent \u00e0 repr\u00e9senter les voix minoritaires ou\ncontestataires et participent \u00e0 l\u2019affirmation de positions dominantes,\nparticuli\u00e8rement lors de concertations men\u00e9es dans le cadre de projets\nd\u2019am\u00e9nagement (Carrel,&nbsp;2004&nbsp;;\nGardesse,&nbsp;2012 ;&nbsp;Combe,&nbsp;2010). <\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exp\u00e9rience du Grand D\u00e9bat National en 2019 illustre bien\nla difficult\u00e9 \u00e0 attirer une partie de la population \u00e0 laquelle il pr\u00e9tendait\njustement r\u00e9pondre et donc le manque de repr\u00e9sentativit\u00e9 de ces d\u00e9bats\ninstitutionnels. La sur-repr\u00e9sentation des urbains, retrait\u00e9s, dipl\u00f4m\u00e9s,\nhommes, propri\u00e9taires et socialement ais\u00e9s montre bien que ceusont ceux qui\nsoit se sentent l\u00e9gitimes soit ont encore suffisamment confiance dans ce type\nde dispositifs participatifs pour consacrer du temps \u00e0 s\u2019y exprimer (Fourniau, 2019).\nLa Convention Citoyenne pour le Climat, qui est l\u2019une des propositions du chef\nde l\u2019Etat \u00e0 ce qu\u2019il a retenu du Grand D\u00e9bat, a contourn\u00e9 cette\nnon-repr\u00e9sentativit\u00e9 par le tirage au sort des 150 participants parmi\nl\u2019ensemble des citoyens Fran\u00e7ais. Malgr\u00e9 cela, une faible proportion de ces\nderniers se sont int\u00e9ress\u00e9s aux d\u00e9bats et aux propositions qui ont sans-doute\nmanqu\u00e9 d\u2019appui et de relais citoyens pour venir s\u2019imposer avec force dans\nl\u2019agenda l\u00e9gislatif.<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 ce constat ou cette difficult\u00e9 \u00e0 attirer ceux que l\u2019on\npeut appeler les \u00ab&nbsp;invisibles&nbsp;\u00bb de la participation -qui existent\nbien mais qu\u2019on ne \u00ab&nbsp;voit&nbsp;\u00bb pas dans ces \u00e9changes entre \u00e9lus et\ncitoyens&nbsp;\u00bb-, les pouvoirs publics sont d\u00e9sempar\u00e9s et font de plus en plus\nappel \u00e0\ndes agences de concertation pour les \u00ab&nbsp;aider&nbsp;\u00bb \u00e0 faire de la\nparticipation. Si cela montre que l\u2019id\u00e9e de recueillir la parole citoyenne est\ndevenue incontournable, <strong>il ne faut pas tomber dans un <em>civicwashing<\/em> <\/strong>bon\nton mais inefficace, sous peine d\u2019engendrer encore plus de frustrations. De nombreux\nobservateurs s\u2019alarment de constater les in\u00e9galit\u00e9s qui existent au sein de ces\nd\u00e9marches cens\u00e9es promouvoir l\u2019inclusion quand le rejet des populations\npr\u00e9caires vis-\u00e0-vis de celles-ci qui peinent \u00e0 prendre en compte leurs\nprobl\u00e9matiques d\u2019exclusion est grandissant (Gilli&nbsp;2018)<strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce ph\u00e9nom\u00e8ne qualifi\u00e9 de \u00ab mont\u00e9e de l\u2019imp\u00e9ratif\nd\u00e9lib\u00e9ratif&nbsp;\u00bb\n(Blondiaux, Sintomer, 2002) d\u00e9crit un <strong>d\u00e9calage de plus en plus\ngrand entre l\u2019injonction r\u00e8glementaire<\/strong> \u00e0 faire participer les citoyens &#8211; ce\nqui est affich\u00e9 et impos\u00e9- et les r\u00e9sultats des dispositifs participatifs. Si\nla participation est devenue une obligation dans les d\u00e9mocraties modernes, de\nnombreux chercheurs montrent qu\u2019elle n\u2019est pas forc\u00e9ment la garantie d\u2019une\navanc\u00e9e d\u00e9mocratique concr\u00e8te. Loic Blondiaux (2020) rappelle les conditions suivantes pour\nbien d\u00e9battre et surtout impliquer les citoyens&nbsp;: <\/p>\n\n\n\n<ul><li>L\u2019\u00e9lu ou le pouvoir public mandataire doit avoir r\u00e9ellement envie et \u00eatre pr\u00eat \u00e0 \u00e9couter<\/li><li>D\u00e9finir une question ou un mandat clair auquel r\u00e9pondre<\/li><li>Apporter une m\u00e9thode pour encadrer et d\u00e9battre efficacement<\/li><li>Garantir une repr\u00e9sentativit\u00e9&nbsp;: pas de participation pour \u00ab&nbsp;professionnels&nbsp;\u00bb de la participation (ce qui signifie des conditions d\u2019organisation adapt\u00e9es \u00e0 tous, voire une indemnisation, une solution pour la garde d\u2019enfants, \u2026)<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>En outre, dans ces dispositifs, le citoyen n\u2019est pas \u00e0\nl\u2019origine du mouvement mais est invit\u00e9 par la puissance publique \u00e0 y\nparticiper. Comment concevoir alors un dispositif qui mette r\u00e9ellement un\ncollectif de citoyens, issu de leur territoire, au c\u0153ur du r\u00e9acteur de projets\nqui les concernent&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2>3. Vers une nouvelle fa\u00e7on de mobiliser&nbsp;: la co-construction par des acteurs-relais <\/h2>\n\n\n\n<p><a>La d\u00e9mocratie participative, souvent\npens\u00e9e comme descendante (qui correspondrait \u00e0 l\u2019ouverture du pouvoir central),\nest en train de d\u00e9montrer ses limites \u00e0 travers l\u2019\u00e9chec des processus de\nparticipation en France, souvent critiqu\u00e9s pour leur institutionnalisation. <\/a><a>Face \u00e0 cette\nd\u00e9sillusion, de nombreux chercheurs pr\u00e9conisent un <strong>mouvement inverse, <em>bottom-up<\/em>,\nqui consisterait \u00e0 partir de l\u2019engagement citoyen<\/strong> pour construire une\nnouvelle forme de gouvernance r\u00e9ellement participative. Pour pallier cette\ntendance, des acteurs de terrain -en collaboration avec des chercheurs- repensent\ncette dynamique qui consisterait \u00e0 \u00ab&nbsp;ouvrir le pouvoir&nbsp;\u00bb, pour aller\nvers une \u00e9mancipation et un leadership venant d\u2019 \u00ab&nbsp;en bas&nbsp;\u00bb pour\n\u00ab&nbsp;prendre du pouvoir d\u2019agir&nbsp;\u00bb. Ce type de d\u00e9marche de recherche\ncontributive<\/a><a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> vise\n\u00e0 favoriser la participation de tous au d\u00e9bat public, montrer qu\u2019on peut innover, proposer,\npartager, m\u00eame si on n\u2019est pas professionnel mais \u00ab&nbsp;profane&nbsp;\u00bb,\nautrement dit pas reconnu acad\u00e9miquement comme \u00ab&nbsp;expert&nbsp;\u00bb. C\u2019est le\nsens des exp\u00e9rimentations que j\u2019observe et que Crois\/Sens m\u00e8ne notamment \u00e0\nMirecourt depuis plusieurs ann\u00e9es en collaboration avec les acteurs du\nterritoire (dont la SCIC Citeomix) et diff\u00e9rents chercheurs<a href=\"#_ftn2\">[2]<\/a> sp\u00e9cialistes des questions de nouvelles gouvernance\nde mobilisation citoyenne, d\u2019\u00e9valuation extra-financi\u00e8re, d\u2019\u00e9conomie\ncontributive\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Crois\/Sens, les dispositifs descendants de \u00ab&nbsp;consultation&nbsp;\u00bb citoyenne ne contribuent pas \u00e0 mettre les citoyens en capacit\u00e9 d\u2019agir sur leur territoire. Ladite \u00ab&nbsp;participation&nbsp;\u00bb citoyenne qui tend \u00e0 les remplacer depuis quelques ann\u00e9es aboutit souvent \u00e0 des formes de domination dans le processus de d\u00e9lib\u00e9ration, et n\u2019est pas plus efficace. Par ailleurs, les modalit\u00e9s d\u2019engagement ont \u00e9volu\u00e9 et ne trouvent pas de repr\u00e9sentation dans ces dispositifs institutionnels, ce qui sugg\u00e8re d\u2019orienter le processus de mobilisation vers des acteurs d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9s pour les accompagner et les renforcer. Toutefois, ces citoyens engag\u00e9s ne sont pas forc\u00e9ment repr\u00e9sentatifs de toute la population et une partie de la population reste souvent \u00e0 l\u2019\u00e9cart. L\u2019une des conditions de ce changement est de ne plus chercher \u00e0 \u00ab&nbsp;faire du nombre&nbsp;\u00bb ou \u00e0 viser la repr\u00e9sentativit\u00e9 imm\u00e9diate des citoyens lors de d\u00e9bats publics, mais au contraire de s\u2019appuyer sur ceux qui ont d\u00e9j\u00e0 la confiance des \u00ab&nbsp;invisibles&nbsp;\u00bb &#8211; ceux qui sont sous-repr\u00e9sent\u00e9s dans les dispositifs de participation. Ce parti-pris va donc \u00e0 contre-courant des pratiques habituelles des agences de participations&nbsp;-qui vont-elles-m\u00eame au contact-, et privil\u00e9gie la m\u00e9diation de tiers de confiance qui ont prouv\u00e9 leur capacit\u00e9 d\u2019empathie pour aller mobiliser leurs r\u00e9seaux.<\/p>\n\n\n\n<p><a>C\u2019est le pari qu\u2019a fait la SCIC Citeomix Mirecourt -accompagn\u00e9e par Crois\/Sens- qui a r\u00e9uni une dizaine d\u2019acteurs t\u00eates de r\u00e9seaux dans un socle de confiance pour porter ensemble<\/a> un projet de territoire commun (cf. article en cours de publication). Via leur compl\u00e9mentarit\u00e9 de comp\u00e9tences, de relations, de savoir-faire, ils prennent progressivement confiance dans <a href=\"http:\/\/labodubienvivre.crois-sens.org\/index.php\/2020\/07\/30\/le-pouvoir-dagir-et-les-capacites\/\">leur pouvoir d\u2019agir et renforcent leurs capacit\u00e9s<\/a> collectives. Ils apprennent \u00e0 travailler ensemble, partager une culture commune pour construire ensemble ce \u00ab&nbsp;commun&nbsp;\u00bb \u00e0 partir de leur territoire de vie partag\u00e9. Et surtout, \u00e0 eux tous ils vont tenter d\u2019embarquer dans leurs projets tous les habitants du territoire int\u00e9ress\u00e9s par la dynamique, y compris les plus vuln\u00e9rables ou ceux qui sont habituellement \u00e9loign\u00e9s des d\u00e9marches d\u2019innovations et de d\u00e9veloppement local. Ainsi, loin d\u2019une certaine na\u00efvet\u00e9 ou illusion, elle fait le pari la mise en capacit\u00e9 des acteurs-relais du territoire permettra d\u2019aller toucher l\u2019ensemble des citoyens, y compris les plus vuln\u00e9rables (qui ont des besoins et probl\u00e9matiques sp\u00e9cifiques) et de construire autour d\u2019eux des projets l\u00e9gitimes. C\u2019est en \u00e9largissant petit \u00e0 petit le cercle des citoyens mobilis\u00e9s que l\u2019ensemble de la population sera touch\u00e9 pour aboutir \u00e0 un changement global mais progressif. Ce type de d\u00e9marches locales cherche \u00e0 rendre les citoyens plus actifs, porteurs de leur propre projet, en formant des \u00ab&nbsp;acteurs-relais&nbsp;\u00bb qui, gr\u00e2ce \u00e0 leur activit\u00e9 existante et l\u00e9gitime dans leur territoire, vont contribuer \u00e0 l\u2019engagement du premier puis deuxi\u00e8me cercle de leurs r\u00e9seaux.<strong> Pour passer de la consultation \u00e0 la co-construction,<\/strong> les citoyens doivent d\u00e9velopper leur <a href=\"labodubienvivre.crois-sens.org\/index.php\/2020\/07\/30\/le-pouvoir-dagir-et-les-capacites\/\">pouvoir d\u2019agir<\/a> afin de devenir moteurs de l\u2019innovation dans leur propre territoire.<\/p>\n\n\n\n<h2>4.&nbsp;Le \u00ab&nbsp;care&nbsp;\u00bb ou prendre soin de chacun pour co-construire ensemble <\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019un des \u00e9l\u00e9ments avec lesquels les acteurs de la participation doivent composer&nbsp;est le fait qu\u2019il est difficile de mobiliser durablement&nbsp;certaines personnes avec les m\u00e9canismes de participation institutionnels parce qu\u2019elles en sont trop \u00e9loign\u00e9es, pour plusieurs raisons&nbsp;: la pr\u00e9carit\u00e9 ou la pauvret\u00e9 (terme qui les d\u00e9finit sous un angle plut\u00f4t \u00e9conomique), la vuln\u00e9rabilit\u00e9 (terme revenu en force depuis la crise du COVID-19, ou encore la fragilit\u00e9 (qui renvoie plus \u00e0 un aspect sanitaire). Parmi elles, certaines jouent pourtant un r\u00f4le essentiel dans la soci\u00e9t\u00e9 mais ne se sentent pas concern\u00e9s par les dispositifs descendants qui les&nbsp;\u00ab&nbsp;invitent&nbsp;\u00bb \u00e0 s\u2019exprimer , et pr\u00e9f\u00e8re agir autrement , voire pas du tout quand elles sont dans des difficult\u00e9s quotidiennes trop importantes. Or, pour consid\u00e9rer qu\u2019un projet de territoire le soit v\u00e9ritablement, il faut qu\u2019il puisse compter et r\u00e9pondre aux attentes de l\u2019ensemble de ses habitants, y compris ses \u00ab&nbsp;invisibles&nbsp;\u00bb. Ainsi, l\u2019inclusion des plus vuln\u00e9rables dans la d\u00e9marche est une condition <em>sine qua non <\/em>de r\u00e9ussite, et pour cela ces derniers doivent se sentir en s\u00e9curit\u00e9, et avoir confiance dans l\u2019id\u00e9e que l\u2019on \u00ab&nbsp;prend soin d\u2019eux&nbsp;\u00bb \u00e0 travers la poursuite des objectifs du projet. Il faut alors renverser la m\u00e9thode ou le regard et partir de ces vuln\u00e9rabilit\u00e9s pour construire autour ou \u00e0 partir d\u2019elles.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, outre l\u2019<em>empowerment<\/em> ou l\u2019encapacitation et le gain de pouvoir d\u2019agir qu\u2019il est cens\u00e9 procurer \u00e0 l\u2019ensemble de la population, un projet de territoire doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un moyen de \u00ab&nbsp;prendre soin&nbsp;\u00bb de ses plus vuln\u00e9rables et du lien social qui relie l\u2019ensemble de ses habitants. La <strong>th\u00e9orie du <\/strong><em><strong>care<\/strong> <\/em>-ou \u00e9thique de la sollicitude- propose ainsi de consid\u00e9rer la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des plus faibles (enfants, malades, personnes \u00e2g\u00e9es) non pas comme un probl\u00e8me marginal devant \u00eatre pris en charge par des \u00ab&nbsp;subalternes&nbsp;\u00bb (les femmes, les migrant\u00b7e\u00b7s ou personnes racis\u00e9es, classes populaires), mais le signe central d\u2019une vuln\u00e9rabilit\u00e9 et d\u2019une responsabilit\u00e9 fondamentale qui est dor\u00e9navant celle de tous et toutes (Mac\u00e9&nbsp;2020). Cela suppose de prendre au s\u00e9rieux les activit\u00e9s de service et toutes les institutions qui prennent en charge la grande vuln\u00e9rabilit\u00e9 vitale ou sociale. Cette notion, emprunt\u00e9e \u00e0 Donal Winnicott, un pedo-psychiatre \u00e9tats-unien dans les ann\u00e9es 1970 qui mettait au centre la notion de soin dans la constitution de l\u2019identit\u00e9 du nouveau-n\u00e9, a \u00e9t\u00e9 consolid\u00e9e par plusieurs auteurs (f\u00e9ministes notamment) qui en ont fait un concept davantage politique. Joan Tronto, philosophe am\u00e9ricaine, la d\u00e9finit ainsi comme \u00ab&nbsp;une activit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rique qui comprend tout ce que nous faisons pour maintenir, perp\u00e9tuer et r\u00e9parer notre \u00ab\u00a0monde\u00a0\u00bb, de sorte que nous puissions y vivre aussi bien que possible&nbsp;\u00bb (Tronto&nbsp;2008). Elle met en avant le caract\u00e8re incontournable du soin et de l\u2019attention dans les relations entre individues comme ciment de la soci\u00e9t\u00e9. D\u2019apr\u00e8s elle, quatre phases sont n\u00e9cessaires pour construire un \u00ab&nbsp;bon <em>care&nbsp;\u00bb&nbsp;:<\/em><\/p>\n\n\n\n<ol><li><em>caring about <\/em>consiste en cette\ndisposition qu\u2019est l\u2019attention comme reconnaissance d\u2019un besoin<\/li><li><em>taking care of<\/em>, d\u00e9signe la prise en\ncharge, le fait d\u2019assumer une responsabilit\u00e9. <\/li><li><em>care-giving<\/em> est mis en avant le travail\neffectif du soin et de sa comp\u00e9tence. <\/li><li>le <em>care-receiving<\/em>, la capacit\u00e9 de r\u00e9ponse\ndu b\u00e9n\u00e9ficiaire. <\/li><\/ol>\n\n\n\n<p>Ainsi, pour elle, ce sont ces quatre dimensions dans leur\nglobalit\u00e9 et interactions (l\u2019attention, la responsabilit\u00e9, la comp\u00e9tence et la\ncapacit\u00e9 de r\u00e9ponse) qui constituent une grammaire \u00e9thique de l\u2019acte de <em>care<\/em>\n((Tronto et\nMaury&nbsp;2015,\np. 147-150). Dans une optique plus f\u00e9ministe, cela signifie \u00e9galement que le\npersonnel est politique, autrement dit que les activit\u00e9s traditionnellement\nd\u00e9volues \u00e0 la sph\u00e8re priv\u00e9e comme le maternage, l\u2019\u00e9ducation, le soin des ain\u00e9s,\nle travail domestique, \u2026 sont des activit\u00e9s n\u00e9cessaires au bon fonctionnement\nde la soci\u00e9t\u00e9 et doivent donc \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9gal des autres activit\u00e9s\n(\u00e9conomiques, sociales, culturelles\u2026). C\u2019est parce que ces activit\u00e9s sont\nsouvent effectu\u00e9es par des femmes ou des personnes issues des cat\u00e9gories\ndomin\u00e9es que ce concept a \u00e9t\u00e9 repris plus r\u00e9cemment dans les \u00e9tudes de genre ou\nfavorisant l\u2019intersectionnalit\u00e9 du regard sur les rapports de pouvoir dans la\nsoci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce concept commence \u00e0 \u00eatre utilis\u00e9 en France dans les 2010 par les chercheurs et de plus en plus par les femmes et hommes politiques (Meyronin&nbsp;2020), notamment depuis la crise sanitaire. En effet, la p\u00e9riode de confinement a bien montr\u00e9 que des m\u00e9tiers essentiels mais souvent peu consid\u00e9r\u00e9s sont incontournables&nbsp;pour assurer les fonctions de bases qui permettent aux autres (plus secondaires) de fonctionner. Les personnes qui en ont la charge sont souvent invisibles mais le deviennent en cas de crise&nbsp;puisqu\u2019elles sont le rouage qui fait sauter toute la chaine. Pour s\u2019assurer que ce chainon tienne, il faut lui reconnaitre une valeur (symbolique mais \u00e9galement mon\u00e9taire) centrale. Ainsi, Cynthia Fleury, philosophe et psychanalyste, pr\u00e9conise dans sa <a href=\"https:\/\/chaire-philo.fr\/\">Chaire de Philosophie \u00e0 l\u2019H\u00f4pital<\/a>, d\u2019\u00e9tendre cette r\u00e9flexion au spectre de la sant\u00e9, qui, aujourd&rsquo;hui nous le voyons, est primordial \u00e0 l&rsquo;\u00e9quilibre de notre soci\u00e9t\u00e9. Mais pour elle, il y a un champ encore plus vaste dont il faut tenir compte. \u00ab\u00a0<em>C&rsquo;est tous les m\u00e9tiers de la solidarit\u00e9, tous les m\u00e9tiers de la proximit\u00e9, qui font lien, tout ce qu&rsquo;on appelle le capital social<\/em>\u00ab\u00a0, d\u00e9veloppe-t-elle. La soci\u00e9t\u00e9 du Care est une soci\u00e9t\u00e9 du \u00ab\u00a0prendre soin\u00a0\u00bb o\u00f9 on comprend que nos interd\u00e9pendances sont des forces. \u00ab\u00a0<em>Des forces pour nous permettre de transformer le monde de la fa\u00e7on la plus cr\u00e9ative possible et de la fa\u00e7on la plus solidaire<\/em>\u00ab\u00a0, pr\u00e9cise-t-elle (Fleury&nbsp;2020). Une soci\u00e9t\u00e9 du <em>care<\/em>, c&rsquo;est une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les m\u00e9tiers du <em>care<\/em> sont valoris\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, ces auteures nous invitent \u00e0 consid\u00e9rer la vuln\u00e9rabilit\u00e9 non pas comme un risque marginal mais comme central de la soci\u00e9t\u00e9, qui peut toucher tout le monde (handicap mais aussi ch\u00f4mage, maladie, vieillissement) et qui doit \u00eatre pris en charge collectivement. En en faisant le socle ou le fondement de notre syst\u00e8me d\u00e9mocratique, la <strong>valeur inestimable de ce travail de cr\u00e9ation et d\u2019entretien (\u00ab&nbsp;prendre soin&nbsp;\u00bb) du lien social serait reconnue. <\/strong>Pour en revenir au d\u00e9but de cet article, il ne suffit donc pas de demander aux citoyens de s\u2019exprimer ou de les \u00ab&nbsp;inviter \u00e0 participer&nbsp;\u00bb aux d\u00e9bats qui peuvent leur paraitre compl\u00e8tement \u00e9loign\u00e9s de leurs pr\u00e9occupations imm\u00e9diates. En effet, une partie des habitants ou citoyens est \u00e9loign\u00e9e, n\u2019a pas acc\u00e8s \u00e9conomiquement, physiquement ou intellectuellement, de mani\u00e8re spontan\u00e9e, \u00e0 ce qui peut lui \u00eatre propos\u00e9 et il faut d\u00e9ployer d\u2019autres strat\u00e9gies d\u2019inclusion. Ces m\u00e9thodes d\u2019implication prennent du temps et doivent \u00eatre anticip\u00e9es, pens\u00e9es et planifi\u00e9es, (et donc budg\u00e9t\u00e9es) d\u00e8s la construction d\u2019un projet. Ces \u00ab&nbsp;invisibles&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;vuln\u00e9rables&nbsp;\u00bb ont d\u2019abord besoin de sentir qu\u2019on prend ou qu\u2019ils prennent soin d\u2019eux pour pouvoir s\u2019int\u00e9resser au territoire et donc aux autres. Tout projet de territoire doit comporter une dimension centrale d\u2019attention au lien social qui relie entre eux ses diff\u00e9rents acteurs, et qui est donc le premier ingr\u00e9dient du \u00ab&nbsp;commun&nbsp;\u00bb qu\u2019ils cherchent \u00e0 faire na\u00eetre. Pour que le territoire contribue \u00e0 sa mission, le projet doit aider les aidants \u00e0 aider les aid\u00e9s, autrement dit \u00ab&nbsp;prendre soin&nbsp;\u00bb de tous, y compris de ceux qui font ce travail d\u2019inclusion et de m\u00e9diation. L<strong>e lien social est un commun dont tout le monde doit prendre la responsabilit\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2>5.&nbsp;Conclusion&nbsp;: Co-construire au niveau local<\/h2>\n\n\n\n<p>Ces exp\u00e9riences et r\u00e9flexions indiquent que c\u2019est \u00e0 partir\ndu territoire et du niveau local que la coordination des diff\u00e9rents acteurs\nn\u00e9cessaires \u00e0 la co-construction peut se faire, et dont le national peut\ns\u2019inspirer. C\u2019est tout l<strong>e sens de la recherche territorialis\u00e9e et\ncontributive que ce wiki essaie d\u2019inspirer&nbsp;: la mise en r\u00e9seaux de\nterritoires apprenants par le partage d\u2019exp\u00e9riences concr\u00e8tes de mise en action\nbottom-up. <\/strong>L\u2019Etat et les pouvoirs publics sont donc appel\u00e9s \u00e0 repenser leur\nr\u00f4le dans cette dynamique\u2026<\/p>\n\n\n\n<h1>6.Bibliographie<\/h1>\n\n\n\n<p>Bacqu\u00e9,\nMarie-H\u00e9l\u00e8ne et Gauthier, Mario. 2011. \u00ab&nbsp;Participation, urbanisme et\n\u00e9tudes urbaines\u202f: Quatre d\u00e9cennies de d\u00e9bats et d\u2019exp\u00e9riences depuis \u201cA ladder\nof citizen participation\u201d de S. R. Arnstein&nbsp;\u00bb, <em>Participations<\/em>,\nvol.&nbsp;1, n\u00b0&nbsp;1, p.&nbsp;36.<\/p>\n\n\n\n<p>Barthe, Yannick. 2006. <em>Le pouvoir d\u2019ind\u00e9cision\u202f: la mise en politique des d\u00e9chets nucl\u00e9aires<\/em>, Economica, Paris .<\/p>\n\n\n\n<p>Boy, Daniel. 2009. \u00ab&nbsp;La place de la question\nenvironnementale dans le d\u00e9bat public&nbsp;\u00bb, <em>Regards crois\u00e9s sur l\u2019\u00e9conomie<\/em>,\nn\u00b0 6, n\u00b0&nbsp;2, p.&nbsp;48\u201155.<\/p>\n\n\n\n<p>Callon, Michel, Akrich, Madeleine et Latour, Bruno.\n2013. \u00ab&nbsp;Pour une sociologie des controverses technologiques&nbsp;\u00bb, in <em>Sociologie\nde la traduction\u202f: Textes fondateurs<\/em>, Paris&nbsp;: Presses des Mines,\np.&nbsp;135\u2011157.<\/p>\n\n\n\n<p>Callon, Michel, Lascoumes, Pierre et Barthe, Yannick.\n2001. <em>Agir dans un monde incertain: essai sur la d\u00e9mocratie technique<\/em>,\nParis&nbsp;: Editions du Seuil.<\/p>\n\n\n\n<p>Carrel, Marion. 2004. <em>Faire participer les\nhabitants\u202f?\u202f: la politique de la ville \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du public<\/em>Paris 5.<\/p>\n\n\n\n<p>CitizenLab et Blondiaux, Loic. 2020. <em>Webinaire |\nLes conventions citoyennes \u00e0 l\u2019\u00e9chelle locale<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Combe, Lila. 2010. \u00ab&nbsp;Approche symbolique ou\ngestionnaire\u202f? L\u2019effet du d\u00e9bat sur les choix de planification&nbsp;\u00bb, <em>L\u2019Espace\nPolitique. Revue en ligne de g\u00e9ographie politique et de g\u00e9opolitique<\/em>,\nn\u00b0&nbsp;10.<\/p>\n\n\n\n<p>Fleury, Cynthia. 2020. <em>La soci\u00e9t\u00e9 du Care<\/em>Brut.<\/p>\n\n\n\n<p>Fourniau, Jean-Michel. 2013. \u00ab&nbsp;D\u00e9bat\npublic&nbsp;\u00bb, in <em>Dictionnaire critique et interdisciplinaire de la\nparticipation sous la dir. de CASILLO I. avec R. Barbier, Blondiaux,F.\nChateauraynaud, J-M. Fourniau, R. Lefebvre, C. Neveu et D. Salles<\/em>,\nParis&nbsp;: .<\/p>\n\n\n\n<p>Fourniau, Jean-Michel. 2007. \u00ab&nbsp;L\u2019exp\u00e9rience\nd\u00e9mocratique des \u00ab\u202fcitoyens en tant que riverains\u202f\u00bb dans les conflits\nd\u2019am\u00e9nagement&nbsp;\u00bb, <em>Revue europ\u00e9enne des sciences sociales. European\nJournal of Social Sciences<\/em>, XLV\u2011136, p.&nbsp;149\u2011179.<\/p>\n\n\n\n<p>Fourniau, Jean-Michel. 2001. \u00ab&nbsp;Le conflit du TGV\nM\u00e9diterran\u00e9e: la structuration d\u2019un espace public de discussion de la\nl\u00e9gitimit\u00e9 des d\u00e9cisions&nbsp;\u00bb, in <em>M\u00e9tropolisation, gouvernance et\ncitoyennet\u00e9 dans la r\u00e9gion urbaine marseillaise sous la dir. de A. Donzel<\/em>,\nMaisonneuve &amp; Larose, Paris&nbsp;: , p.&nbsp;467\u2011485.<\/p>\n\n\n\n<p>Gardesse, Camille. 2012. <em>La \u00ab\u202fconcertation\u202f\u00bb\ncitoyenne dans le projet de r\u00e9am\u00e9nagement du quartier des Halles de Paris\n(2002-2010). Les formes de la d\u00e9mocratisation de l\u2019action publique en urbanisme\net ses obstacles<\/em>, Paris-est.<\/p>\n\n\n\n<p>Garibay, David. 2015. \u00ab&nbsp;Vingt-cinq ans apr\u00e8s\nPorto Alegre, o\u00f9 en est (l\u2019\u00e9tude de) la d\u00e9mocratie participative en Am\u00e9rique\nlatine\u202f?&nbsp;\u00bb, <em>Participations<\/em>, vol.&nbsp;11, n\u00b0&nbsp;1, p.&nbsp;7.<\/p>\n\n\n\n<p>Gilli, Fr\u00e9d\u00e9ric. 2018. \u00ab&nbsp;Participation\u202f: et si on\nchangeait enfin les r\u00e8gles du jeu\u202f?&nbsp;\u00bb, <em>M\u00e9tropolitiques<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Godard, Olivier. 1990. \u00ab&nbsp;Environnement, modes de\ncoordination et syst\u00e8mes de l\u00e9gitimit\u00e9\u202f: analyse de la cat\u00e9gorie de patrimoine\nnaturel&nbsp;\u00bb, <em>Revue \u00e9conomique<\/em>, vol.&nbsp;41, n\u00b0&nbsp;2, p.&nbsp;215\u2011242.<\/p>\n\n\n\n<p>Lascoumes, Pierre. 1994. <em>L\u2019\u00e9co-pouvoir.\nEnvironnements et politiques<\/em>, La D\u00e9couverte.<\/p>\n\n\n\n<p>Lolive, Jacques. 1997. \u00ab&nbsp;La mont\u00e9e en g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9\npour sortir du Nimby. La mobilisation associative contre le TGV\nM\u00e9diterran\u00e9e&nbsp;\u00bb, <em>Politix<\/em>, vol.&nbsp;10, n\u00b0&nbsp;39, p.&nbsp;109\u2011130.<\/p>\n\n\n\n<p>Mac\u00e9, Eric. 2020. \u00ab&nbsp;Nous sommes en care&nbsp;\u00bb, <em>AOC\nmedia &#8211; Analyse Opinion Critique<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Meyronin, Beno\u00eet. 2020. \u00ab&nbsp;Une soci\u00e9t\u00e9 du care\u202f:\nun projet municipal loin d\u2019\u00eatre \u00ab\u202fnunuche\u202f\u00bb&nbsp;\u00bb, <em>The Conversation<\/em>,\nURL&nbsp;: http:\/\/theconversation.com\/une-societe-du-care-un-projet-municipal-loin-detre-nunuche-131311,\nconsult\u00e9 le 15 octobre 2020.<\/p>\n\n\n\n<p>Stiegler, Bernard. 2020. <em>Bifurquer: \u00ab&nbsp;il n\u2019y a\npas d\u2019alternative&nbsp;\u00bb<\/em>, Paris&nbsp;: \u00c9ditions Les Liens qui lib\u00e8rent.<\/p>\n\n\n\n<p>Trom, Danny. 1999. \u00ab&nbsp;De la r\u00e9futation de l\u2019effet\nNIMBY consid\u00e9r\u00e9e comme une pratique militante. Notes pour une approche\npragmatique de l\u2019activit\u00e9 revendicative&nbsp;\u00bb, <em>Revue fran\u00e7aise de science\npolitique<\/em>, vol.&nbsp;49, n\u00b0&nbsp;1, p.&nbsp;31\u201150.<\/p>\n\n\n\n<p>Tronto, Joan C. 2008. \u00ab&nbsp;Du care&nbsp;\u00bb, <em>Revue\ndu MAUSS<\/em>, n\u00b0 32, n\u00b0&nbsp;2, p.&nbsp;243\u2011265.<\/p>\n\n\n\n<p>Tronto, Joan C et Maury, Herv\u00e9. 2015. <em>Un monde\nvuln\u00e9rable: pour une politique du care<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><a href=\"http:\/\/labodubienvivre.crois-sens.org\/index.php\/2020\/07\/28\/camille-morel\/\">Camille\nMorel<\/a><br><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Qui vont plus loin que la recherche-action en permettant de constituer une m\u00e9thode qui repose sur la constitution de communaut\u00e9s de recherche int\u00e9grant les diverses formes de savoirs, pratiques et th\u00e9oriques&nbsp;(Stiegler&nbsp;2020)<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Des chercheurs et chercheuses qui font partie des auteurs de ce Wiki&nbsp;: Camille Morel, Cl\u00e9ment Morlat, S\u00e9bastien Poulain, C\u00e9cile Ezvan, \u2026<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"http:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-sa\/4.0\/\"><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><br>Ce(tte) \u0153uvre est mise \u00e0 disposition selon les termes de la <a href=\"http:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-sa\/4.0\/\">Licence Creative Commons Attribution &#8211; Pas d\u2019Utilisation Commerciale &#8211; Partage dans les M\u00eames Conditions 4.0 International<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image is-resized\"><img loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/i.creativecommons.org\/l\/by-nc-sa\/4.0\/88x31.png\" alt=\"Licence Creative Commons\" width=\"216\" height=\"76\"\/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La V\u00e8me R\u00e9publique a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue historiquement pour que la d\u00e9cision politique soit r\u00e9serv\u00e9e aux \u00e9lus, qui \u00ab&nbsp;consultent&nbsp;\u00bb lors de la d\u00e9lib\u00e9ration pr\u00e9alable des \u00ab&nbsp;experts&nbsp;\u00bb et techniciens qui les assistent. C\u2019est l\u00e0 tout le paradoxe de la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative&nbsp;: une fois leurs repr\u00e9sentants \u00e9lus au terme de la campagne, les citoyens leur font confiance jusqu\u2019aux [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/labodubienvivre.crois-sens.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/238"}],"collection":[{"href":"http:\/\/labodubienvivre.crois-sens.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/labodubienvivre.crois-sens.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/labodubienvivre.crois-sens.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/labodubienvivre.crois-sens.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=238"}],"version-history":[{"count":4,"href":"http:\/\/labodubienvivre.crois-sens.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/238\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":269,"href":"http:\/\/labodubienvivre.crois-sens.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/238\/revisions\/269"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/labodubienvivre.crois-sens.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=238"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/labodubienvivre.crois-sens.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=238"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/labodubienvivre.crois-sens.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=238"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}