1) Définition

L’expression « bien-vivre » est intuitivement simple à comprendre. Mais elle se révèle difficile à définir et à mesurer. Bien-vivre, c’est accéder à une certaine qualité de vie, à une échelle individuelle dans l’absolu mais à une échelle collective, sur un territoire donné. En ce sens, le bien-vivre se distingue du bien-être, qui intègre moins la dimension collective et les choix sociaux qui permettent d’améliorer la qualité de vie de chacun et de tous dans une interaction avec le milieu.

2) Origine philosophique

La notion de « vie bonne » inspirait déjà le philosophe grec Aristote qui reliait l’accomplissement individuel à une éthique de la vertu qui prenait la forme d’un engagement dans la Cité. Chez Aristote, elle s’enracine dans une anthropologie relationnelle qui considère l’être humain comme un animal « politique » qui s’accomplit en relation avec les autres dans la Cité.

Chez la philosophe Martha Nussbaum, la notion de « vie bonne » est liée à l’accès à des « capacités » développée par Amartya Sen qui conditionne le développement humain, individuel et collectif.

3) Vision internationale

Le Préambule à la constitution de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) de 1946 a changé notre manière de penser la santé en changeant sa définition : « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. »

L’expression « bien-vivre » trouve un écho dans le « buen vivir » invoqué récemment par l’Equateur et par plusieurs pays d’Amérique Latine pour inscrire dans leur Constitution un modèle de développement durable et respectueux de la Terre Mère (« Pacha Mama »). Cette prise en compte des interactions entre les hommes et leur milieu intègre une dimension écologique et le souci des générations futures.

4) L’approche holistique

Inspirée de ces philosophies et visions internationales, l’approche holistique du bien-vivre est transversale et vise la santé globale. D’où ses liens avec la naturopathie qui considère l’individu dans son ensemble. Cette approche holistique s’étend à tous les domaines de la vie d’un individu, et que cela doit être accessible par l’ensemble des citoyens. Ainsi, c’est l’amélioration des conditions de vie de l’ensemble de la société qu’il s’agit de viser. Si cet objectif n’est pas modeste, cette ambition est essentielle pour que toutes les catégories de population visent le maximum et pas seulement un « mieux-vivre ». Pour convaincre et mobiliser des citoyens dans une démarche active, il s’agit de s’appuyer sur des actions liées l’alimentation et l’activité physique qui apportent des bénéfices individuels, concrets et immédiats.

5) L’approche Crois/Sens

Face aux défis contemporains qui se multiplient, Crois/Sens pense qu’il est nécessaire :

Crois/Sens pense que la définition du bien-vivre est propre à chacun, et refuse donc de la préciser davantage. C’est justement l’objectif des débats citoyens qu’il s’agit d’organiser pour confronter les visions de chacun :

  • chercheurs.euses,
  • entrepreneurs.euses,
  • associatifs,
  • citoyens,
  • collectivités territoriales…

Ces débats permettent d’établir des points communs autour desquels se rassembler pour agir collectivement. Ces rassemblements peuvent être :

6) Pourquoi Crois/Sens se donne le bien-vivre comme mission

Le bien vivre est une aspiration universelle (voir ci-dessus). La France bénéficie de tous les atouts : écologiques, artistiques, son savoir-faire issu de ses cours royales et son atavisme pour s’obliger à le repenser de manière plus démocratique (voir l’article Philippe d’Iribarne d’Agathe Brenguier). Le résultat est là en terme d’attractivité touristique, de l’industrie du luxe ou de la gastronomie et plus généralement comme lieu de tourisme numéro 1 au monde : 89,4 millions de visiteurs étrangers en 2018 numéro 3 en termes de recettes avec 56,2 milliards d’euros.

Cette singularité devrait devenir notre stratégie collective comme les Allemands ont l’industrie (notamment automobile), les USA la high tech et les anglais la finance. A minima c’est un positionnement pragmatique. Sauf que la logique des silos de nos organisations descendantes s’éparpille en de multiples lieux de décision depuis… l’époque des manufactures colbertistes qui travaillaient pour le bien-vivre de la cour. Le tourisme se nourrit de ces héritages mais a tendance à figer les savoir-faire dans des pratiques non renouvelé (article à écrire avec Emmanuel Gerard, ex-associé CMI et Directeur de la Cité internationale de la tapisserie d’Aubusson, sur le savoir-faire ancien).

Le bien vivre (mieux partagé) est le fondement concret de nos communautés humaines et nécessite d’être régulièrement repensé sous peine de provoquer des colères populaires (révolution, gilets jaunes…). Adam Smith est un philosophe qui invente « la main invisible » comme réponse économique à ce problème philosophique. La pensée socialiste et les grèves obligent à repenser un « contrat social » offrant un bien être garanti contre une soumission (déjà dénoncée par Hannah Arendt et Simone Weil : articles à écrire sur leurs réflexions sur le travail, l’ouvrage, l’œuvre).

La polarisation en Chine de l’usine du monde, la financiarisation de l’économie et le captage du supplément de richesse par un ultra minorité (Les 26 milliardaires les plus riches détiennent autant d’argent que la moitié de l’humanité) remet en cause ce contrat social avec une hausse de la colère sociale sous des forme différent dans le monde entier (article sur Baudier sur les mutations politiques internationales et la création de communautés démocratiques citoyennes à écrire). Pour refonder ce bien vivre mieux partagés il nous faut identifier les nouveaux lieux de sociabilité (article de Virginie Desforges à écrire) comme le territoire conçu comme « lieu d’une alliance ». D’où l’apport du premier position book « Territoire et innovation » (Article d’Eliane Dutarte à écrire). Attention, il ne s’agit de faire de nouvelles politiques descendantes dont le territoire sera le cadre mais de laisser les acteurs locaux s’emparer de leurs atouts et besoins pour co-construire leurs « solutions » et de créer les interactions directes entre eux pour mutualiser leurs solutions.

7) Un protocole pour le bien-vivre

Dans la mesure où le bien-vivre est le résultat d’une action collective, un protocole est nécessaire pour le faire advenir. Le protocole développé par Crois/Sens vise l’ensemble des domaines du bien-vivre :

  • Accès à l’information
  • Alimentation
  • Autonomie et vie sociale
  • Environnement
  • Formation pour tous
  • Habitat
  • Loisirs et culture
  • Mobilité
  • Santé et sport.

Il s’agit de créer des chaines de valeur du bien-vivre pour permettre la mutualisation des ressources, des moyens financiers et des réseaux. Cela nécessite l’accompagnement de personnes formées au protocole que Crois/Sens appelle « Entrepreneurs.euses du bien-vivre » qui sont chargé.e.s d’appliquer 5 propositions :

  • Le sens au cœur de l’action
  • L’expérimentation des propositions pour se mobiliser collectivement
  • La valorisation du pouvoir d’agir de l’ensemble des acteurs du territoire
  • Des méthodes de co-innovation renouvelées
  • Des financeurs mieux intégrés dans le système de co-innovation

8) Références

Préambule à la constitution de l’OMS adoptée par la Conférence internationale de la Santé, tenue à New York du 19 juin au 22 juillet 1946, signée par les représentants de 61 Etats le 22 juillet 1946, https://www.who.int/governance/eb/who_constitution_fr.pdf

ARISTOTE, Ethique à Nicomaque, Éditions Les Échos du Maquis, janvier 2014, https://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/%C3%89thique-%C3%A0-Nicomaque.pdf

AUDUBERT Victor, « La notion de Vivir Bien en Bolivie et en Équateur, réelle alternative au paradigme de la modernité ? », Cahiers des Amériques latines, n°85, 2017, 21 novembre 2017, http://journals.openedition.org/cal/8287

CLERGEAU Christophe, DESFORGES Marc, EZVAN Cécile, GILLI Frédéric, MOREL Camille (Collectif SmartCitizens), « La co-innovation citoyenne et le bien vivre ensemble : les deux faces d’une grande ambition ! », crois-sens.org, 06/04/2018, http://crois-sens.org/2018/04/06/tribune-co-innovation/ et http://crois-sens.org/wp-content/uploads/2018/04/tribune-Care.pdf

CORDOBA Vanessa, DESFORGES Marc et GILLI Fréderic, « Territoires et innovation », Travaux (Délégation interministérielle à l’aménagement et à la compétitivité des territoires), volume 17, La Documentation française, Collection Travaux / DATAR, Paris, 2013, 107 pages, https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb436436720.public

DESFORGES Benjamin, « CitéoSquare : Crois/Sens ouvrira un nouveau tiers-lieu du bien-vivre à Nanterre », crois-sens.org, 28 juin 2019, http://crois-sens.org/2019/06/28/citeosquare-crois-sens-ouvrira-un-nouveau-tiers-lieu-du-bien-vivre-a-nanterre/

EZVAN Cécile et RENOUARD Cécile, « Corporate social responsibility towards human development: A capabilities framework », Business Ethics: A European Review, 2018, 27 (2), p144-155, https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1111/beer.12181

EZVAN Cécile et MOREL Camille, « Évaluer la contribution des entreprises au bien vivre dans les territoires », crois-sens.org, 11 janvier 2019, http://crois-sens.org/2019/01/11/evaluer-entreprises-bien-vivre/

EZVAN Cécile, MOREL Camille et POULAIN Sebastien, « Le territoire et ses ressources : un commun comme un autre ? L’étude de la gouvernance d’une SCIC de développement local dans les Vosges », in Cécile Renouard et Swann Bommier (sous la direction de), « Entreprises et communs », Entreprise & société, n°6, 2019

MOREL Camille, « Des réunions publiques pour préparer le festival Utopic & Co », bien-vivre-maintenant.fr, 2 novembre 2018, https://bien-vivre-maintenant.fr/non-classe/reunions-publiques-utopic/

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NUSSBAUM Martha C., Capabilités. Comment créer les conditions d’un monde plus juste ?, Paris, Flammarion, series: « Climats », 2012, 300 p.

POULAIN Sebastien, « Soutenance de thèse de Cécile Ezvan : « Valeurs du travail et capacités relationnelles, Réflexion éthique et managériale à partir de la pensée de Martha C. Nussbaum » », crois-sens.org, 15 octobre 2018, http://crois-sens.org/2018/10/15/soutenance-de-these-de-cecile-ezvan-valeurs-du-travail-et-capacites-relationnelles-reflexion-ethique-et-manageriale-a-partir-de-la-pensee-de-martha-c-nussbaum/

POULAIN Sebastien, « Capabilités de Amartya Sen : une source d’inspiration majeure pour Crois-sens », crois-sens.org, 7 novembre 2018, http://crois-sens.org/2018/11/07/capabilites-amartya-sen/

POULAIN Sebastien, « Le Guide Smart Citizen pour un territoire d’innovation enfin publié ! », crois-sens.org, 16 mai 2019, http://crois-sens.org/2019/05/16/le-guide-smart-citizen-pour-un-territoire-dinnovation-enfin-publie/

VIALAN Daphné, « Martha Nussbaum, Capabilités. Comment créer les conditions d’un monde plus juste ? », Lectures, Reviews, 22 Octobre 2012, http://journals.openedition.org/lectures/9575

WOLFF Francis, « Le bonheur de vivre ensemble. Analyse des deux premiers chapitres de la Politique », in Wolff Francis (sous la direction de), Aristote et la politique, Paris, Presses Universitaires de France, « Philosophies », 2008, p. 28-82, https://www.cairn.info/aristote-et-la-politique–9782130571759-page-28.htm

Propos recueillis par Laura Lee Downs, « Martha Nussbaum. Justice et développement humain », Travail, genre et sociétés, vol. 17, n°1, 2007, p5-20, https://www.cairn.info/revue-travail-genre-et-societes-2007-1-page-5.htm